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L’affacturage, arnaque ou bon plan pour les entreprises ?

Renforcer sa trésorerie, relancer ses clients, prévenir ses impayés… L’affacturage permet d’éviter les trous de trésorerie. Cette technique serait même la deuxième source de financement des entreprises. Reste que des défiances subsistent envers cet outil : sont-elles fondées ? Décryptage.

Plus de 40 000 entreprises y ont recours chaque année en France. Il représente près de 118 milliards d’euros de factures cédées sur l’ensemble du premier semestre 2015.

 

L’affacturage est devenu le deuxième moyen de financement bancaire à court terme des entreprises, derrière le découvert bancaire. Les TPE dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1,5 million d’euros représentent 54 % des clients des factors (société d’affacturage), soit 11 % de l’encours total des créances. Un engouement qui reflète l’utilité du dispositif, car en cédant une partie ou la totalité de ses créances à un organisme financier, l’entreprise récupère immédiatement l’avance de trésorerie nécessaire à son activité.

Cette solution apparaît donc comme un moyen efficace de couvrir ses besoins en fonds de roulement quand les solutions traditionnelles de concours bancaires, à savoir les prêts et crédits, ne suffisent pas. Un outil qui permet par ailleurs aux gérants de se libérer des tâches administratives de recouvrement et de relance.

 

Un recours à l’affacturage pas toujours volontaire !

Un mode de financement intéressant, certes, mais il serait subi par les dirigeants. Selon une étude de la CGPME, 40 % des entreprises sondées confient ne pas avoir choisi ce mode de financement, mais plutôt avoir été  » incitées essentiellement par leurs banques « .

Le banquier ne veut plus, pour des raisons prudentielles, prendre de risques pour garantir le développement des entreprises. Les nouvelles règles imposent aux banques de renforcer leurs fonds propres. L’affacturage étant moins risqué et coûteux que le découvert, puisqu’il est garanti par des créances, les établissements financiers poussent les entreprises dans les bras de leurs filiales d’affacturage.

 

Un coût qui peut en cacher un autre

Si ce mode de financement soulève autant d’interrogations, c’est aussi parce qu’il coûte cher aux entreprises, notamment à celles qui présentent des risques. Pour s’en rendre compte, il faut décortiquer les contrats des factors, qui recèlent de nombreux frais cachés.

En premier lieu, la commission d’affiliation qui est calculée sur la totalité des lignes négociées, comprise entre 0,1 et 2 % (cette différence étant due à la qualité du client qui a vendu ses factures et la qualité du portefeuille client) et il y a aussi la commission de financement.

La commission d’un bon client peut donc s’élever à 0,68 %. La facture d’une entreprise qui présente plus de difficultés financières peut atteindre 6,08 %.

 

D’autre part, l’ensemble de ces coûts peuvent représenter de 7 à 15 % du montant des créances TTC cédées. Des tarifs qui varient donc en fonction du profil du client, mais aussi en fonction des sociétés d’affacturage.

Bernard Cohen-Hadad, Président de la commission financement des entreprises de la CGPME, considère même que certains chefs d’entreprise seraient pris au piège.  » Les dirigeants, et surtout les commerçants, qui ont majoritairement un seul partenaire financier, font confiance à leur banque. Lorsqu’ils se retrouvent dans une situation critique, ils ne négocient pas les taux car ils ont besoin d’argent urgemment « , constate-t-il.

L’enquête de la Banque de France et de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) est tout aussi sévère. «  L’affacturage peut être source d’effets pervers pour les entreprises les plus fragiles : frais plus élevés que pour un crédit, suppression du découvert en contrepartie et surtout difficulté à sortir du système, car quitter l’affacturage peut créer un trou de trésorerie difficile à combler pour l’entreprise « .

 

Vers plus de souplesse

La CGPME a demandé aux acteurs de devenir plus transparents sur les contreparties demandées aux entreprises. « Les banques n’établissent pas de comparatif entre les différents types de financement à court terme, contrairement aux experts-comptables, qui peuvent orienter les entreprises vers la meilleure solution (découvert, escompte, crédit de trésorerie, Dailly ou affacturage) ».

Suite aux rencontres parlementaires sur les services innovants dans les entreprises en mars dernier, les acteurs semblent désormais prêts à engager un dialogue. Pour preuve, les factors présents sur le segment des TPE-PME développent des solutions d’affacturage  » à la carte « , répondant à des besoins de financements ponctuels.

Si les comportements des acteurs évoluent, il faut souligner que ces questions autour de l’affacturage ne doivent pas faire oublier le débat autour des délais de paiement, qui sont à l’origine chaque année de la défaillance de 15 000 entreprises en France.

Malgré son coût, l’affacturage peut donc offrir un ballon d’oxygène pour les dirigeants.

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